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L'occultisme ne s'épanouit vraiment que lorsqu'il est soumis au Divin. La Mère
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LE TRÉSOR DES TRÉSORS DES ALCHIMISTES



Thesaurus thesaurorum



LE TRÉSOR DES TRÉSORS DES ALCHIMISTES
PAR

PHILIPPE THEOPHRASTE BOMBAST,
LE GRAND PARACELSE.

    La nature engendre ce minéral dans le sein de la terre.

    Il y en a deux espèces que l'on peut trouver en diverses localités de l'Europe. Le meilleur que j'ai eu et qui a été trouvé bon après assai est extérieur dans la figure du monde supérieur, à l'Orient de la sphère solaire. Le second se trouve dans l'astre méridional et aussi dans la première fleur que le gui de la terre produit sur l'astre. (Optimum quod mihi oblatum, ac in experimentando genuinum inventum est extra in figura majores mundi, est in oriente astre sphoerae solin Alterum in Astro meridionali, jam in primo flore est, quem Viscus terrae per suum Astrum protrudit). Après la première fixation il devient rouge; en lui sont cachées toutes les fleurs et toutes les couleurs minérales. Les Philosophes ont beaucoup écrit sur lui parce qu'il est d'une nature froide et humide voisine de celle de l'eau.



    Pour tout ce qui est science et expérience, les Philosophes qui m'ont précédé ont pris pour cible le Rocher de la vérité, mais aucun de leurs traits n'a rencontré le but. Ils ont cru que le Mercure et le Soufre étaient les principes de tous les Métaux, et ils n'ont pas mentionné, même en songe, le troisième principe. Cependant si par l'art spagyrique, on sépare en plus de l'Eau, il me semble que la Vérité que je proclame est suffisamment démontrée ; ni Galien, ni Avicenne ne la connaissaient. S'il me fallait décrire pour nos excellents physiciens le nom, la composition, la dissolution, la coagulation, s'il me fallait dire comment la nature agit dans les êtres depuis le commencement du monde, il me suffirait à peine d'une année pour l'expliquer et des peaux de tout un troupeau de vaches pour l'écrire.



    Or, j'affirme que dans ce minéral, on trouve trois principes, qui sont : le Mercure, le Soufre et l'Eau métallique qui a servi à le nourrir ; la science spagyrique peut extraire cette dernière de son propre suc quand elle n'est pas tout à fait mûre, au milieu de l'automne, de même la poire sur l'arbre. L'arbre contient la poire en puissance. Si les astres et la nature concordent, l'arbre émet d'abord des branches vers le mois de mars, puis les boutons poussent, ils s'ouvrent, la fleur apparaît, et ainsi de suite jusqu'en automne où la poire mûrit. C'est la même chose pour les métaux. Ils naissent d'une façon semblable dans le sein de la terre. Que les Alchimistes qui cherchent le Trésor des trésors notent ceci soigneusement. Je leur indiquerai le chemin, le commencement, le milieu et la fin ; dans ce qui suit je vais décrire l'eau, le soufre et le baume particulier du trésor. Par la résolution et la conjonction ces trois choses s'uniront en une.



DU SOUFRE DU CINABRE



    Prends du cinabre minéral et opère ainsi. Cuis-le avec de Peau de pluie dans un vase de pierre pendant trois heures ; purifie-le ensuite avec soin et dissous dans une eau régale composée de parties égales de vitriol, de nitre et de sel ammoniac (autre formule, vitriol, salpêtre, alun et sel ordinaire).



    Distille dans un alambic en cohobant. Tu sépareras ainsi soigneusement le pur de l'impur. Mets ensuite fermenter pendant un mois dans le fumier de cheval. Ensuite sépare les éléments selon ce qui suit : quand le signe apparaîtra, commence par distiller dans l'alambic avec le feu du premier degré. L'eau et l'air monteront, le feu et la terre resteront dans le fond. Cohobe et mets l'alambic au feu de cendres. L'eau et l'air monteront d'abord, puis l'élément du feu, que les artistes habiles reconnaîtront facilement. La Terre restera dans le fond de l'alambic, tu la recueilleras ; beaucoup l'ont cherchée et peu l'ont trouvée. Tu prépareras selon l'Art cette terre morte dans un fourneau à réverbère, puis tu lui appliqueras le feu du premier degré pendant quinze jours et quinze nuits. Ceci fait tu lui appliqueras le second degré pendant autant de jours et autant de nuits (ta matière aura été enfermée dans un vase scellé hermétiquement). Tu trouveras enfin un sel volatil semblable à un alcali très léger, contenant en soi l'essence du feu et de la terre.



    Mélange ce sel avec les deux éléments que tu as mis de côté, l'air et l'eau. Chauffe sur les cendres pendant huit jours et huit nuits, et tu trouveras ce que beaucoup d'artistes ont négligé. Sépare selon les règles de l'art spagyrique et tu recueilleras une terre blanche privée de sa teinture. Prends l'élément du feu et le sel de la terre, fais digérer au pélican pour extraire l'essence. Il se séparera de nouveau une terre que tu mettras de côté.



DU LION ROUGE.



    Ensuite prends le lion qui a passé le premier dans le récipient dès que tu aperçois sa teinture, c'est-à-dire le feu qui se tient au dessus de l'eau, de l'air et de la terre. Sépare-le de ses impuretés par trituration. Tu auras alors le véritable or potable. Arrose-le d'alcool de vin pour le laver ; puis distille dans un alambic jusqu'à ce que tu ne perçoives plus au goût l'acidité de l'eau régale.



    Enferme ensuite avec soin cette huile de soleil dans une retorte fermée hermétiquement. Chauffe pour l'élever, de telle sorte qu'elle se sublime et se dédouble. Place alors le vaisseau toujours bien fermé dans un endroit frais. Chauffe de nouveau pour élever, replace au frais pour condenser. Répète cette manœuvre trois fois. Tu auras ainsi la teinture parfaite du soleil. Réserve-la pour plus tard.



DU LION VERT.



    Prends du vitriol de Vénus, préparé selon les règles de l'art spagyrique ; ajoutes-y les éléments de l'eau et de l'air que tu avais mis de côté. Mélange, fais putréfier pendant un mois comme il a été dit.



    La putréfaction finie, tu remarqueras le signe des éléments. Sépare et tu verras bientôt deux couleurs, le blanc et le rouge. Le rouge est au-dessus du blanc. La teinture rouge du vitriol est tellement puissante qu'elle teint en rouge tous les corps blancs, et en blanc tous les corps rouges, ce qui est merveilleux. Travaille sur cette teinture dans une cornue et tu en verras sortir la noirceur. Remets dans la cornue ce qui a distillé, et recommence jusqu' à ce que tu obtiennes un liquide blanc. Sois patient et ne désespère pas de l' Œuvre.




    Rectifie jusqu'à ce que tu trouves le lion vert, brillant et véritable, que tu reconnaîtras à son grand poids. C'est la teinture de l'Or. Tu contempleras les signes admirables de notre lion vert, qu'aucun des trésors du lion romain ne pourraient payer. Gloire à celui qui a su le trouver et en tirer la teinture ! C'est le vrai baume naturel des planètes célestes, il empêche la putréfaction des corps, et ne permet pas à la lèpre, à la goutte, à l'hydropisie de s'implanter dans le corps humain. Lorsqu'il a été fermenté avec le soufre de l'or, on le prescrit à la dose d'un grain.



   Ah ! Charles l'allemand, qu'as-tu fait de tes trésors de science ? Où sont tes physiciens ? Où sont tes docteurs ? Où sont ces bandits qui purgent et médicamentent impunément ? Ton firmament est bouleversé ; tes astres, hors de leurs orbites, se promènent bien loin de la voie marécageuse qui leur avait été tracée ; aussi tes yeux ont-ils été frappés de cécité, comme par un charbon incandescent, quand tu as contemplé notre splendeur et notre fierté superbe. Si tes adeptes savaient que leur prince Galien (qui est en enfer) m'a écrit des lettres pour reconnaître que j'ai raison, ils feraient le signe de la croix avec une queue de renard ! Et votre Avicenne ! il est assis sur le seuil des enfers ; j'ai discuté avec lui de son or potable, de la teinture physique, du mithridate et de la thériaque. Ô hypocrites, qui méprisez les vérités que vous enseigne un vrai médecin, instruit par la nature, fils de Dieu lui-même ! Allez toujours, imposteurs, qui ne prévalez qu'à l'aide de hautes protections. Mais patience ! après ma mort, mes disciples se lèveront contre vous, ils vous traîneront à la face des cieux, vous et vos sales drogues, qui vous servent à empoisonner les princes et les grands de la chrétienté.



    Malheur sur vos têtes au jour du jugement ! Moi au contraire, je sais que mon règne viendra. Je régnerai dans l'honneur et la gloire. Ce n'est pas moi qui me loue, c'est la Nature, car elle est ma mère et je lui obéis encore. Elle me connaît et je la connais. La lumière qui est en elle, je l'ai contemplée, je l'ai démontrée dans le Microcosme et je l'ai retrouvée dans l'Univers.



    Mais il me faut revenir à mon sujet pour satisfaire les désirs de mes disciples, que je favorise volontiers, quand ils sont pourvus des lumières naturelles, quand ils connaissent l'astrologie et surtout quand ils sont habiles dans la philosophie, qui nous apprend à connaître la matière de tout.



    Prends quatre parties en poids de 1'eau métallique que j'ai décrite, deux parties de la Terre de Soleil rouge, une partie de Soufre du Soleil. Mets le tout dans un pélican, solidifie et désagrège trois fois. Tu auras ainsi la Teinture des alchimistes. Nous ne parlerons pas ici de ses propriétés puisqu'elles sont indiquées dans le livre des Transmutations. Avec une once de Teinture du Soleil, tu pourras teindre mille onces de Soleil ; si tu possèdes la teinture du Mercure, tu pourras de même teindre complètement le corps du mercure vulgaire. De même la teinture de Vénus transmuera complètement en métal parfait le corps de Vénus. Toutes ces choses ont été confirmées par l'expérience. Il faut entendre la même chose pour les teintures des autres planètes : Saturne, Jupiter, Mars, la Lune. Car de ces métaux on tire aussi des teintures ; nous n'en dirons rien ici, en ayant amplement parlé dans le traité de la Nature des choses et dans les Archidoxes.



    J'ai suffisamment décrit pour les spagyristes, la matière première des métaux et des minéraux, maintenant ils connaissent la teinture des alchimistes. Il ne faut pas moins de neuf mois pour préparer cette teinture; travaille donc avec ardeur, sans te décourager; pendant quarante jours alchimiques, fixe, extrais, sublime, putréfie, coagule en pierre, et tu obtiendras enfin le Phénix des philosophes.

   Mais ne vas pas oublier que le soufre du cinabre est un Aigle, qui vole sans faire de vent, et qu'il transporte le corps du vieux Phénix dans un nid où il se nourrit de l'élément du feu. Ses petits lui arrachent les yeux, ce qui produit la blancheur. C'est là le baume de ses intestins qui donne la vie au cœur, selon ce qu'ont enseigné les cabalistes.



Auréole Philippe Théophraste Paracelse Bombast ab Hohenheim, dit Paracelse le Grand, Ermite souabe.

Du sommeil et de la veille des corps et des esprits

PARACELSE - CINQ TRAITÉS
 

CINQUIÈME TRAITÉ


Du sommeil et de la veille
des corps et des esprits.

    Le sommeil naturel est un repos du corps, il lui restitue sa force perdue. Et de même que l'homme, après un grand et dur labeur, est fatigué, sans forces et doit trouver son repos, de même la veille doit avoir le sommeil et le jour la nuit. Et pendant le jour a lieu la veille et le travail; la nuit, c'est le sommeil et le repos.
    Donc vous devez savoir que le jour appartient aux corps et la nuit aux esprits. Car durant le jour travaillent les corps et durant la nuit les esprits. Quand les corps s'arrêtent, les esprits commencent; et quand les esprits s'arrêtent, les corps commencent. Pareillement, quand le corps de l'homme cesse de travailler et commence à se reposer, alors son esprit commence à travailler; et quand il cesse à son tour, alors le corps recommence. C'est pourquoi la veille du corps est un sommeil pour l'esprit et le sommeil de l'esprit une veille pour le corps. Parce que quand le corps dort, l'esprit veille; et quand le corps veille, l'esprit dort, reste calme et tranquille. Car ils ne peuvent ou ne veulent être éveillés ensemble, dormir, travailler, opérer, étant opposés l'un à l'autre. Il faut que l'un fléchisse devant l'autre et aucun ne peut ou ne veut supporter l'autre avec lui ou près de lui. Examinons l'exemple de quelqu'un qui dort : tout ce que fait le corps pendant le sommeil, sans le savoir, l'esprit le fait en lui. Et vous voyez que certaines gens parlent ou répondent dans le sommeil, ou même se lèvent et marchent. Tout cela, l'esprit le fait en eux, lequel régit le corps. C'est pourquoi il arrive souvent, si on appelle de telles personnes par leur nom, qu'elles s'éveillent ou tombent. La cause en est que l'esprit, en elles, est effrayé parce qu'on a prononcé le nom; car les esprits s'effrayent tout autant de la voix des hommes que les hommes de la voix des esprits. Et parce que l'homme a reçu son nom dans et par le baptême (mais l'esprit, lui, ne l'a pas reçu), il arrive, lorsqu'il est appelé par ce nom que l'esprit s'effraye et devienne sans force. Raison pourquoi il est bon et hautement nécessaire de ne pas laisser de telles personnes dormir seules. Et si elles n'aiment pas avoir quelqu'un dans leur lit, elles devraient néanmoins avoir quelqu'un dans leur chambre. Spécialement les hommes qui sont souvent attaqués et tourmentés par les esprits-sorciers. Dans ce cas, il est très opportun qu'on les appelle par leur nom de baptême; alors, tous les esprits nocturnes des sorcières et de tous les hommes ainsi que toutes les méchantes et effrayantes visions apparues dans le sommeil et tous les rêves pesants sont repoussés et chassés. Par cela, il advient aux esprits la même chose qu'au voleur appelé pendant un vol : il n'insiste guère et prend bientôt la fuite. Ainsi feront aussi les esprits et tous les mauvais rêves et visions écartés par le fait qu'un homme est appelé par son nom de baptême.
    Mais il faut remarquer qu'on ne doit pas nommer ou effrayer tous les hommes qui parlent pendant le sommeil, car ils ne parlent pas avec eux-mêmes, comme on le dit, mais avec les esprits, bien qu'on n'entende qu'une seule voix. C'est-à-dire qu'on entend uniquement l'homme parler ou répondre; mais l'esprit qui s'entretient avec lui, on ne l'entend ni ne le voit. Et personne ne doit s'étonner de cela car la voix des esprits n'est pas entendue de tous. Quoiqu'ils parlent ou crient beaucoup plus haut que l'homme, ils connaissent l'art de boucher les oreilles des autres qui sont présents ou à proximité, en sorte qu'ils ne peuvent entendre leur voix.
    C'est ainsi que les nigromanciens connaissent bien les esprits de l'air, lesquels sont des esprits moyens encore appelés spiritus humani dont nous ne traiterons pas plus longuement ici. Ils sont moyens : ni mauvais ni bons non plus.
    Poursuivons donc avec les discours des esprits pendant le sommeil. Vous devez savoir qu'il ne faut pas crier après une telle personne, ni la nommer si elle donne une réponse gaie ou joyeuse ou réclame quelque chose; à moins qu'elle ne donne en tremblant et hésitant une réponse peureuse, ou qu'elle ne transpire et travaille durement dans tout son être : c'est là le signe d'une méchante vision ou d'un rêve pesant. Après celle-là, on peut crier. Et sachez aussi que tous les hommes ne parlent pas avec la bouche de leur corps pendant le sommeil, mais avec la bouche de leur esprit. C'est-à-dire qu'on n'entend pas leur voix. Ce parler-là est beaucoup plus commun, se produit beaucoup plus souvent que le parler précédent. Et il faut en faire plus grand cas. Pour cela, il est nécessaire d'être très attentif quand se manifeste dans le sommeil d'un homme un visage ou l'apparition d'un spiritus homini ou d'un corpore cœlestis. Nous pouvons alors y parvenir par l'art de la magie, et cela de trois manières différentes, comme nous allons le montrer ci-après.
    Que l'homme [donc], après son sommeil, lorsqu'il s'éveille, sache véritablement ce qu'un tel spiritus homini lui a annoncé, dit ou enseigné. [Pour y parvenir], les vieux mages se sont donnés beaucoup de peine car il en découle le plus haut et le plus grand secret. A savoir : qu'on retrouve ou reprenne le chemin de l'Art perdu, qui, avec et chez un homme mort, est enterré et décom­posé (comme disent ceux qui sont indoctes en ces choses). Car je dis — bien que l'homme soit à ce point infidèle qu'il ne veuille apprendre son art à personne durant sa vie mais préfère mourir et perdre la vie avant de le révéler — [je dis donc] que le corps seul meurt et que seul il est enterré et pourrit. Mais son esprit ne meurt pas, n'est pas enterré et ne pourrit pas. L'esprit garde l'art que le corps a perdu et il le connaît aussi bien. Celui-là peut découvrir l'art et apprendre la magie à qui apparaît, dans le sommeil, [un esprit] qui lui montre et enseigne [ces choses]. Alors l'esprit œuvre avec l'esprit. C'est donc la plus haute et la plus noble concordance, laquelle peut advenir dans toute la magie. Car donc l'es­prit œuvre avec l'esprit, et un esprit apprend à l'autre son art. Mais un esprit étranger ne peut ou ne veut s'incarner dans un corps étranger, ou concorder avec lui, il ne le fait qu'avec son propre corps et non avec un autre. C'est pourquoi le corps de l'homme doit apprendre de son propre esprit et non d'un esprit étranger. Mais son esprit doit apprendre d'un autre esprit car il ne peut toujours prendre en soi-même.
    Il est donc tout à fait indispensable que nous sachions bien discerner les spiritus humani et parfaitement les connaître dans la vie, ou encore de savoir plus particulièrement quelle sorte de conduite ils ont eu dans la vie du corps, ou de quelle nature ils ont été. Car vous devez savoir que les spiritus humani ne sont pas tous véridiques; tous ne sont pas menteurs non plus, à l'instar des hommes. Celui-ci dit la vérité; celui-là ment. Et l'un est meilleur à croire que l'autre. Ici, soyez bien attentifs : si l'homme fut authentique durant sa vie, alors l'es­prit l'est aussi après la mort. Mais s'il fut un menteur, il le reste après la mort et l'on ne peut ni croire en lui ni se fier à lui.
    Poursuivons : si l'homme a été maître dans l'art, son esprit l'est aussi. S'il fut astronome, son esprit de même, lequel peut enseigner l'astronomie à l'esprit d'un autre homme vivant. S'il fut un mage, son esprit est aussi un mage et peut également enseigner la magie à l'esprit d'un autre homme vivant. Même chose s'il fut alchimiste : son esprit est un alchimiste. Et semblablement l'esprit d'un nécroman, d'un philosophe, d'un médecin, d'un astrologue, d'un théologien, d'un juriste ou d'un musicien et de bien d'autres encore. Entendez-le de même avec tous les artisans. Et un esprit astronome ne peut rien enseigner de vrai dans la magie ou l'alchimie, à moins qu'il n'ait été en outre mage et alchimiste, ce qui se trouve aussi. Et tout comme, parmi les hommes, il y en a parfois qui furent astronomes, mages, alchimistes, maîtres en ces trois arts et souvent bien plus encore, ainsi sont par la suite leurs esprits. C'est pourquoi, si un homme qui est astronome t'apparaît en esprit et t'enseigne quelque chose en astronomie, il n'importe qu'il vive ou soit mort : tu peux le croire. De même faut-il comprendre avec les arts susdits. Et ça, personne ne peut y contredire.
    Mais pour en revenir à la practica, comment nous pouvons accomplir de véritables visions, et, en esprit et par l'esprit être enseignés, il faut d'abord et surtout savoir que nous devons demander la miséricorde de Dieu et croire en Lui. Ensuite, dans la foi, nous devons
faire une image au nom d'un homme à qui nous pensons; puis nous devons écrire sur le corps de l'image le nom de cet homme avec, en plus, une question : ce que tu désires savoir de lui. Pose l'image sous ta tête pendant la nuit et dors dessus. Alors, en esprit, t'apparaîtra dans la même nuit cet homme au nom duquel tu as façonné l'image et il répondra à ta question et t'enseignera ce qu'il peut et ce que tu as espéré de lui étant éveillé.
    On peut encore accomplir une telle chose d'une autre manière, et même beaucoup mieux et plus sûrement, sans image, seulement par la foi et l'imagination.  Un exemple aidera à comprendre ce procédé. C'est quand je dis à quelqu'un : «Va, couche-toi, dors et dis-moi ce que tu désires voir ou apprendre pendant ton sommeil, toute la vérité!» Car je peux et veux accomplir et t'apprendre un art caché. Je connais, en effet, un mille artificem, lequel m'a donné quelque chose qui possède un tel pouvoir et une telle vertu lorsqu'on le place dans le lit de quelqu'un et que cette personne y dort dessus, que lui apparaît toute la vérité de ce qu'elle a désiré éveillée. Et c'est une toute petite chose qu'on ne remarque pas, ni mauvaise ni nuisible, celle que je veux mettre dans ton lit. C'est pourquoi sois bien attentif à ce que tu vois cette nuit ou à ce qui te sera annoncé par tel ou tel spiritus humani, que tu le saches encore le matin venu (comme nous l'avons décrit dans le livre De occul­ta philosophia ). Et ne crains pas : il ne t'arrivera rien.
    Alors ce même homme a cru ce que je lui ai dit, que c'était vrai et tout à fait sérieux, que j'étais capable de telles choses ou que je les tenais d'un autre. Il alla dormir et imagina tout cela à cause de mes paroles, et plus encore, se convainquit soi-même que cela arriverait comme je le lui avais dit; tout comme, dans son imagination, c'était déjà arrivé pour lui éveillé. Alors, il imagina tant qu'il s'endormit avec cette imagination. Et nul doute que l'apparition, l'enseignement et l'annonce ne se produisirent comme je le lui avais dit. Et personne ne doit s'étonner de cela ou croire que c'est impossible, ou croire qu'il s'agit d'un fantôme comme c'est l'habitude chez les sophistes. Ces choses, je les ai souvent essayées, expérimentées et inventées avec plusieurs personnes, lesquelles me l'ont confirmé librement.
    Il faut aussi faire savoir quelque chose de ces hommes qui se sont endormis et ne se sont plus réveillés. C'est-à-dire ceux qui, en esprit, ont été éblouis par Dieu et le sont restés et ne sont pas morts. Mais le corps a quand même perdu sa vie, sans rien ressentir, sans le savoir, sans maladie et sans souffrance. Et ce même corps terrestre s'est transformé et a été perdu en sorte que personne ne sait ce qu'il est devenu. Cependant, il est resté sur terre. Mais l'esprit et le corps céleste qui n'ont ni forme, ni couleur, ni apparence, à l'instar du corps terrestre, ceux-là ont été pris par Dieu dans le ciel, comme Enoch, Elie et, nul doute, d'autres encore dont je ne sais rien et que je ne dois pas mentionner; tous ceux-là ont reçu ensuite le nom de l'immortalité comme nous l'avons écrit dans le De longs vita. Il n'est donc pas utile de le répéter ici.
    En conclusion, il y a encore quelque chose à dire du sommeil, celui qu'on peut produire par l'art des simples. Lorsqu'un homme, par une terrible maladie, d'insupportables douleurs et des jours de souffrance a perdu son sommeil naturel et ne peut dormir ni de jour ni de nuit, il faut lui apporter le sommeil avec certains simples et remèdes. En premier, avec la racine de mandragore, le pavot et sa racine qui font un bon sommeil, surtout quand ils sont préparés dans leur arcane. D'autres encore apportent un sommeil tel qu'on ne peut d'aucune manière et durant vingt-quatre heures réveiller le dormeur. Tel est marogus qui apporte un tel sommeil qu'on peut rouer ou exécuter par la plus terrible mort [le dormeur] sans qu'il en ressente rien, sans qu'il sache ce qui lui arrive et il ne saurait rien de sa mort et n'en penserait rien.

Finis

 CINQ TRAITÉS

Théophraste BOMBAST von Honhenheim
Ermite souabe 
dit Paracelse le Grand
Philosophe très-savant

De la différence des corps et des esprits



PARACELSE - CINQ TRAITÉS
 

QUATRIÈME TRAITÉ

De la différence des corps et des esprits.

    Il existe deux choses tout à fait opposées : le corps et l'esprit. Car l'esprit enseigne le corps et l'entraîne au mal et à l'iniquité et le corps cependant doit payer de telles fautes, lui qui ne peut ni enseigner l'esprit, ni l'entraîner. En outre, le corps est visible, palpable; l'esprit, lui, est invisible et impalpable. Le corps pèche donc et fait le mal, mais non l'esprit. L'âme non plus. C'est pourquoi le corps doit à nouveau payer, mais l'âme ou l'es­prit non. Le corps mange et boit, en revanche l'esprit croit. Le corps est destructible et périssable, l'esprit éternel. Le corps meurt mais l'esprit reste en vie. Le corps est vaincu par l'esprit mais l'esprit ne l'est point par le corps. Le corps est trouble et sombre, l'esprit pur et transparent. Le corps tombe malade, l'esprit reste sain. Le corps entier est ténèbres; mais à l'esprit, les ténèbres sont lumière et transparence comme un cristal. C'est pourquoi il peut scruter l'intérieur de toute montagne jusque dans ses tréfonds. Le corps pense, l'esprit accomplit. Le corps est mumie, l'esprit est baume. Le corps est la mort, l'esprit est la vie. Le corps est de la terre, l'esprit du ciel et de Dieu, etc.
    Il faut en outre savoir qu'il y a toutes sortes d'esprits, chacun différent de l'autre. Les esprits célestes, les esprits infernaux, les esprits humains, les esprits du feu, de l'air, de l'eau et de la terre, etc. Les esprits célestes sont les anges, ce sont les meilleurs. Les esprits infernaux sont les diables. Les esprits humains sont ceux d'hommes morts. Les esprits du feu sont les salamandres; ceux de l'air les silvani; ceux de l'eau les nymphes; ceux de la terre les sylphes, les pygmées, les lutins nommés les petits hommes des montagnes. Et chacun a reçu de Dieu charge et fonction particulières; et tout ce que Dieu, leur créateur, leur impose de faire à l'homme, que ce soit bon ou mauvais, ils l'accomplissent et l'achèvent dans leur demeure ou chaos. Et aucun ne peut s'emparer de la charge de l'autre ou remplir sa fonction. Comme chez nous, les hommes, existent des métiers et des artisanats distincts : l'un est charpentier, l'autre tailleur de pierre, le troisième tisserand, le quatrième tailleur, le cinquième cordonnier, le sixième serrurier, etc. Et le charpentier ne peut construire en pierre comme en bois, le tailleur de pierre ne peut faire le travail du charpentier, le tisserand ne peut tisser une robe ou une culotte, par contre il peut bien faire le tissu pour cela. le tissu, il le laisse alors au tailleur qui en fait une robe, un manteau, une culotte et autres vêtements. De même faut-il l'entendre avec le cordonnier, le serrurier et les autres artisans.
    Vous devez également savoir, en ce qui concerne les esprits, qu'un seul ne peut être tout à la fois charpentier, tailleur de pierre, tisserand, tailleur, serrurier et cordonnier. Car si tout est possible aux esprits et s'ils peuvent tout accomplir aussi bien et même mieux que les hommes, cependant, un seul ne peut faire tout ensemble. Mais celui-là peut ceci, l'autre peut cela et le troisième autre chose et leurs arts se complètent comme pour nous les hommes.


Théophraste BOMBAST von Honhenheim
Ermite souabe 
dit Paracelse le Grand
Philosophe très-savant



De la chair et de la mumie

PARACELSE - CINQ TRAITÉS

TROISIÈME TRAITÉ

De la chair et de la mumie.

    Pour traiter de la chair, il faut savoir qu'il en existe de plusieurs sortes : la chair de la terre, la chair de l'eau, la chair de l'air et la chair du feu. Et bien que toutes soient chairs, chacune est d'une nature autre que l'autre. L'une plus salubre, l'autre moins, une autre meilleure que les autres. Et la chair de la terre, laquelle appartient à la terre, c'est la chair ordinaire et domestique comme sont les bœufs, vaches, veaux, moutons, truies, etc. La chair de l'eau, qui appartient à l'eau, ce sont tous les poissons, écrevisses, grenouilles, colimaçons et autres.
La chair de l'air, ce sont tous les oiseaux, tout ce qui porte plumes et ailes. La chair du feu, qui appartient au feu, c'est celle qu'il faut beaucoup bouillir et qui a besoin de feu comme sont tous les gibiers. Et comme l'air est l'élément le plus noble sans quoi nul ne pourrait ni ne
saurait vivre, ainsi aussi sa chair est la plus saine parmi quatre chairs élémentaires. Et de même que l'eau n'est pas un aliment mais une boisson, de même sa chair est-elle comptée comme une boisson par rapport aux autres chairs; cependant, c'est une chair. C'est pourquoi celui qui n'aime pas manger de viande ne devrait non plus manger ni poissons, ni écrevisses, ni colimaçons. Ainsi le saint apôtre Paul, dans son épître aux Corinthiens, parle de beaucoup de sortes de chairs et nomme le poisson une chair. Néanmoins, c'est une chair stérile car, en l'homme, elle ne conduit pas et redevient eau. La chair de la terre est moyenne, et comme elle est plus forte et plus fortifiante en sa nature que les deux autres, alors, elle conforte le corps de l'homme, étant pour lui l'aliment le plus sain, fortifiant le fort et affaiblissant le faible. Mais la chair du feu est trop forte pour la nature [humaine], et tout comme on redoute les bêtes fauves, ainsi leur chair est-elle à craindre car tout de même qu'il faut beaucoup la cuire et la rôtir et qu'elle nécessite beaucoup de feu, il lui faut aussi beaucoup de digestion dans l'estomac de l'homme et elle exige un homme dur et travailleur.
    Comme il y a plusieurs sortes de chairs, ainsi que nous l'avons dit, il y a plusieurs sortes de mumies. Une mumie de la terre, une mumie de l'air, une mumie de l'eau et une mumie du feu.
    Est mumie de la terre celle qui sur ou dans la terre devient une mumie. Autrement dit, c'est le corps de l'homme qui perd sa vie sur la terre ou dans la terre et meurt de maladie ou de mort naturelle. C'est la mauvaise mumie, celle qui n'est encore utile à rien qu'à être mise en terre et livrée aux vers. Telle est la mumie de la terre qui doit pourrir dans la terre et hormis cela n'est bonne à rien. Ainsi les corps embaumés des hommes ne sont-ils pas les vraies mumies. La plus vraie et la plus forte vient du corps de l'homme qui n'est pas mort de mort naturelle mais de mort violente, avec un corps sain, sans maladies et sans souffrances. Cette mumie-là est à louer hautement et il est nécessaire d'en parler ici. Toutes les bêtes créées par Dieu pour notre nourriture doivent être abattues en pleine santé, car si elles l'étaient pendant qu'elles sont malades et si nous en mangions, elles seraient malsaines et engendreraient de nombreuses et différentes maladies. Parce qu'il s'agit là de charognes, sans pouvoir et sans efficace. Si cela arrive avec des bêtes malades, si nous les abattons et les mangeons, combien davantage alors avec des mortes! autrement dit : quand nous les laissons mourir de leur mort et qu'ensuite nous les consommons. Ce qui provoque non seulement les maladies mais aussi la mort. De même faut-il comprendre avec la mumie [de quelqu'un] qui meurt de maladie ou même de mort naturelle. Car d'un tel homme, toutes les forces s'enfuient, le sang s'écoule, le corps pourrit quoique vivant encore. A l'instar de ce sang, toutes les autres forces diminuent; en cet homme, l'esprit de vie se retire, son estomac ne veut plus digérer et il perd sa forme et sa couleur. Le baume de son corps le quitte comme une herbe qu'on arrache de la terre. Tous ces signes apparaissent chez un homme qui meurt. C'est pourquoi on ne peut guère utiliser une telle mumie.
    En ce qui concerne les autres trois, vous devez comprendre que la plus noble, celle qui est à louer le plus, est la mumie de l'air. Il s'agit du corps qui est devenu mumie par l'air ou dans l'air; l'homme qu'on a pendu, empalé ou roué. Car il meurt à l'air, et dans l'air est sa tombe et sa putréfaction. Ce sont les mumies constellées que l'astre supérieur impressionne et influence puissamment. Et sitôt que le soleil et la lune brillent sur elle, elle (la mumie) est dans sa plus grande exaltation et recèle des forces et des vertus merveilleuses. Et si les médecins ou quiconque savaient quoi faire avec cette mumie ou à quoi elle est utile, alors nul malfaiteur ne resterait plus de trois jours au gibet ou sur la roue : il en serait enlevé, si toutefois c'était possible.
    A présent, il y a une mumie de l'eau, celle qui provient d'un noyé, ou de quelqu'un qu'on a noyé; dans l'eau il a perdu sa vie, en pleine santé, et est devenu mumie. Egalement le corps qui a été exécuté ou tué par le feu, car il a perdu sa vie dans le feu, saine, et est deve­nu mumie.
    Avec ces trois mumies, on a entrepris et obtenu bien des choses merveilleuses, principalement ceux qui les ont réalisées eux-mêmes, tels que les exécuteurs, les bourreaux, les meurtriers, les assassins. Ils n'ont pas seulement dérobé la vie pour en faire une mumie après avoir assassiné et tué, mais ils se sont en plus emparé de l'esprit de la victime qu'on nomme spiritum homini; ils l'ont pris et soumis au dernier degré de la mort et ont causé beaucoup de peine et grand désagrément à cet esprit. De là est issu l'art de la nécromancie et c'est d'eux qu'elle tient son nom.
    Malheur à cet art nécromantique et à tous ceux qui en abusent misérablement! Certes, la nécromancie existe mais elle est du diable et c'est sous son inspiration qu'on l'apprend et qu'en abusent, en tant qu'instrument du diable, des gens tellement désespérés qu'il vaudrait mieux pour eux leur pendre au cou une pierre de meule et les précipiter dans la mer. Car ainsi qu'ils agirent, ainsi devront-ils finir et bien plus terriblement. En effet, ils ne vont pas seulement perdre misérablement la vie mais aussi la paix de leur conscience et le salut de leur âme. Ce qu'un Chrétien doit avoir, ils vont le perdre et devenir les créatures les plus déshéritées que Dieu ait jamais créées.
    A présent, afin d'en dire plus long sur les mumies, vous devez savoir qu'il en existe encore une autre. A savoir : celle qui est séparée et préparée d'un corps vivant. Car chaque homme peut transmuter son corps en mumie sans dommage pour le corps et la vie; puis prendre une part de son corps sans que cela soit visible. Pour faire ces mumies-là, nombreux sont ceux qui ont pris beaucoup de peine, surtout les amoureux et amoureuses qui ont prêté à leur propre mumie une parcelle de leur passion. Aussitôt, l'amour a pris naissance et s'est allumé, et ce corps, duquel avait été pris la mumie, a attiré l'autre corps d'une telle manière et l'a tellement enflammé d'amour qu'il ne pouvait plus exister sans l'autre et le suivait toujours. Et, découvrant un tel effet dans ces mumies, on s'est mis à approfondir ces choses. Alors, les paysans en ont entendu parler et ils ont eux aussi, comme susdit, travaillé leur bétail, les chèvres, poules, oies, pigeons, etc. qui se sauvaient et s'envolaient volontiers en sorte qu'ils ne se sauvent ni ne s'envolent mais reviennent toujours et ne cherchent point l'affection d'autres maîtres. Ainsi a-t-il été fait par beaucoup à leurs chevaux, leurs chiens, leurs faucons et maints autres oiseaux. Souvent aussi les chasseurs s'y sont pris ainsi avec leur gibier et l'ont forcé à l'amour à ce point qu'il les suivait jusque dans leurs pièges. Beaucoup, contraints d'avoir affaire aux bêtes sauvages, ont fait de même avec leur mumie pour les forcer à les aimer au point que ces bêtes ne pouvaient leur nuire et étaient forcées de les adorer et de leur obéir en toutes choses. Et il faut savoir et noter qu'on peut réconcilier les deux plus grands ennemis — c'est-à-dire un singe et un serpent — et parvenir à ce qu'ils s'aiment éternellement. Car un homme ne déteste pas son propre corps, et c'est ce qui arrive ici. Un corps désir l'autre comme l'aimant le fer et l'on ne saurait le comprendre autrement qu'entre aimant et fer qui s'aiment mutuellement toujours, dépendent l'un de l'autre, vont de pair et se poursuivent. Et l'aimant sans le fer ne saurait conserver ses forces, il lui faut celui-ci; et au fer il faut l'aimant qui autrement reste sans force. Egalement aussi entre deux hommes, ou entre un homme et une bête par ces amours apprêtées comme susdit. En effet, chaque corps auquel une mumie vivante est ajoutée par un homme, devient aussitôt un aimant. Il est à noter que la mumie doit être prise de son corps sous l'influence de Vénus car alors l'amour devient le plus fort.
    De là vient un grand abus et une misère extrême chez les putains et prostituées du diable qui ont mal compris ce procédé, ou que le diable et les siens ont mal expliqué. Elles ont utilisé leurs menstrues, pensant qu'elles serviraient plus particulièrement à la mumie et que ce serait particulièrement utile pour garder l'amour, ce qui, pourtant, est un mensonge diabolique et une tromperie car c'est [en fait] un pur poison. Celui qui l'absorbe, celui-là ne guérira jamais jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et, selon la vigueur de sa complexion, s'il vit plus longtemps, il n'en sera pas davantage le maître et devra le payer de sa peau et de sa vie.
    Mais il n'en est pas ainsi avec la mumie lorsqu'elle est tirée d'un corps sain; alors n'en résulte aucune maladie et moins encore la mort.
    Ainsi donc, grâce à sa propre mumie, chacun doit faire de son ennemi son meilleur ami et accomplir ensuite toutes ses volontés et ne pas être contre lui mais avec lui.
    De ces mumies sont nées les cures magnétiques les plus secrètes et les plus occultes, comme l'ont compris quelques-uns qui ont eu connaissance et intelligence des pouvoirs et vertus de leur propre mumie et de son grand effet magnétique. Ceux-là ont su qu'une toute petite dose attire à soi le corps entier comme un aimant le fer. Ils se sont eux-mêmes débarrassés de grandes douleurs dans leurs membres, particulièrement de la lèpre, du mal français, de la paralysie, de la podagre, de l'hydropisie, de la tuberculose, du chancre, des fistules, de la sirei, des écorchures et de toutes les cruelles maladies anciennes qui apparaissent à l'extérieur du corps et sont visibles. Car une mumie impure et gâtée gâte aussi le corps sain dans lequel elle vient et avec lequel elle s'accorde. Et la corruption du corps sain est ce qui est santé et guérison de l'autre corps dont la mumie a été enlevée.
    Mais une mumie ne peut être utile ou nuisible à une autre car elles sont mortes toutes deux et n'ont plus d'effet. Tout comme un aveugle, s'il en guide un autre, et les voilà tous deux dans le fossé. C'est pourquoi il faut que la mumie ait un corps vivant et concorde avec lui afin qu'elle change son propre corps, celui dont elle est issue, pour l'attirer, comme l'aimant attire le fer ou retourne l'aiguille de la boussole.
    A partir de ces cures magnétiques obtenues par les mumies, on a découvert des cures encore plus merveilleuses, plus qu'on ne saurait le décrire ici. Il faut savoir qu'un homme affligé des maladies citées plus haut, que ce soit la lèpre, le mal français, l'hydropisie, la podagre ou autres, doit en faire un aimant (magiquement parlant) et faire d'un corps vivant un aimant magique. Dès que cet aimant a reçu une essence du fer de la mumie corrompue, il ne cesse d'attirer à soi, aussi longtemps et jusqu'à ce qu'il ait attiré tout le fer à lui. Ainsi, assisté, en ce qui tout homme peut être soulagé et assisté en ce qui concerne toutes les maladies indiquées plus haut. Et il n'existe pas d'autre manière pour l'aider; il n'y a que cette cure magnétique, par l'intermédiaire de la mumie, pour surpasser tous les arcanes médicinaux autant qu'on puisse en préparer des herbes, racines, minéraux et métaux.
    Et maintenant, apothicaires, considérez quelle sorte de mumie vous avez et à quelle distance elle se trouve de celle dont je traite ici, elle, ses effets et ses vertus! A savoir : aussi éloignées que l'Orient l'est de l'Occident, et aussi différentes l'une de l'autre qu'un corps d'un esprit ou que la mort de la vie. Comment trouvez-vous ce discours et qu'en dites-vous?



Théophraste BOMBAST von Honhenheim
Ermite souabe 
dit Paracelse le Grand
Philosophe très-savant