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L'occultisme ne s'épanouit vraiment que lorsqu'il est soumis au Divin. La Mère
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L’immersion dans l’eau




 « L’immersion dans l’eau symbolise la régression dans le préformel, la régénération totale, la nouvelle naissance, car une immersion équivaut à une dissolution des formes, à une réintégration dans le mode indifférencié de la préexistence… Le contact avec l’eau implique toujours la régénération ; d’une part, parce que la dissolution est suivie d’une ‘’nouvelle naissance’’, d’autre part, parce que l’immersion fertilise et augmente le potentiel de vie et de création. L’eau confère une nouvelle naissance par un rite initiatique, elle guérit par un rituel magique ». 

Mircéa Eliade

La légende alchimique du Dragon

Pendant plusieurs années j'ai habité dans différents lieux des Monts du Lyonnais, gravitant autour de divers lieux sacrés méconnus que je découvris davantage avec l'ouvrage LA VOIE DES PIERRES de Jean-Louis Augay. C'est ainsi que j'appris qu'une des communes sur laquelle j'ai habité de nombreuses années était marquée par le sceau de l'alchimie. A ce moment là cela ne fit qu'amplifier mon intérêt pour l'alchimie et ma pratique pour la Bio-alchimie Hydricienne. La voie humide dans laquelle est inscrite cette nouvelle forme d'alchimie trouvait dans ma recherche des résonances avec l'énergétique du lieu, de ses légendes et de son histoire occulte et par une énergie marquée par la sacralisation des rivières et de l'eau, énergie "eau" caractérisant les Monts du Lyonnais, faisant face à l'énergie feu des Monts du Pilat. Je me reliais dans le même temps avec davantage de conscience aux lieux mégalithiques de cette région et avec l'énergie des paysages et la nature de cet endroit.

C'est dans la légende alchimique du dragon de Chevrières et l'histoire du Château que je découvris cette résonance alchimique d'un lieu où j'habitais avec ma propre recherche en alchimie.
Nous avons là une très intéressante symbolique alchimique dans cette légende dont l'histoire sert à transmettre les codes symboliques de l'alchimie et à signifier qu'il y avait une confrérie d'alchimistes dans ce village des Monts du Lyonnais.
Cette légende confirmait certaines découvertes intérieures dans mon cheminement spirituel autour des symboles du Diamant, du Dragon, et du Chevalier. Non seulement je trouvais un écho avec la pratique de la Bio-alchimie à travers l'énergie du lieu marqué autrefois par une confrérie d'alchimistes et le réseaux hydrique sacralisé de la région, mais de plus je trouvais aussi un ensemble d'indices corroborant des découvertes intérieures sur le plan de ma pratique de l'énergétique et de ma recherche spirituelle. Ce simple petit texte texte marquait une synchronisation entre Alchimie interne et externe dans mon cheminement spirituel.


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Chevrières 
LA LÉGENDE ALCHIMIQUE DU DRAGON

« Chevrières, petit village remarquable, au sud de la vallée du Dragon, conserve précieusement son secret au travers des légendes. Entouré de sources et de rivières, il devient le terrier, l'antre du Dragon. Il est délimité par la Coise au nord, la Gimond à l'ouest et l'Arbiche, traversant toutes de nombreux bois.
Son château est mentionné dans l'histoire dès 1190 et l'église qui s'y rattachait n'était auparavant que la simple chapelle du château dont la première date se situe en 1537. Elle aurait été liée à la couronne de France.
Selon la légende, les habitants de Chevrières étaient marqués à la fesse droite d'une Fleur de Lys! On parle d'une autre légende étrange, celle d'un dragon qui, à chaque printemps vient happer les sources de la région en leur laissant une odeur de soufre... Ce mystère, cette histoire un peu plus éclairée par le livre de l'Abbé Signerin est l'histoire du Père Rousset:
« Il nous affirmait qu'un matin, s'en allant en chasse, il y a bien vingt ans de cela, il entendit un grand bruit à travers les hêtres et les ormeaux dont les cimes s 'inclinaient sous un ouragan. Il se colla contre un arbre, l'œil au guet, le fusil armé, et attendit. Il était à vingt pas d'une source qui jaillit, pure comme du cristal, d'une coupe de sable fin, et va, en murmurant, se perdre sous la mousse. Il vit le dragon, qui baignait sa langue rouge dans la fontaine et lapait à grandes gorgées. C'était un corps de lézard colossal, couvert d'écailles d'acier, avec une tête où se confondaient, dans un horrible accouplement, toutes les horreurs phrénologiques dit bouledogue et du serpent. Il avait, comme tout dragon vêtu suivant l'ordonnance, le dos vert et l'estomac couleur de feu. C'était, en terme de vénerie, un beau coup de fusil, car l'animal possédait un diamant monstrueux, auprès duquel la Régent et le Kohinor ne seraient que de pâles graviers.
Comme c'était dans sa gueule que d'ordinaire il portait son trésor, il lavait déposé pour boire. Il était là, étincelant comme le soleil et gros comme un pavé. Le chasseur n'en pouvait supporter l'éclat. Au premier moment, il eut peur... Tu ris, je gage! Ah! je voudrais, pour ta peine, te voir, même avec un fusil à deux coups et du plomb de lièvre, en face d'un tel gibier...
Pourtant la vue du diamant et la pensée de la bonne œuvre à faire (car on accusait le dragon d'une foule de méfaits) ranimèrent le père Rousset qui visa au cœur et fit feu de ses deux amorces. Un cri affreux retentit jusqu'à Saint-Symphorien, à trois lieux de là, ce qu'affirmèrent les gens dignes de foi. Le père Rousset ne vit plus rien... Il attendit quelques minutes et courut à la place où était le monstre. Il trouva de larges flaques de sang
noir qui fumait encore; une énorme branche de chêne brisée comme un roseau, et, à la place où reluisait le diamant, un charbon éteint. Un petit berger- lui dit qu'au moment où il avait entendu deux coups de fusil, il avait vu passer devant le soleil un grand nuage qui avait des ailes... Le dragon avait quitté cette terre inhospitalière, où l'on tirait sur les gens qui portent des diamants. Le père Rousset espère qu'il est allé se faire pendre ailleurs, car oncques depuis nul n'en ouï parler: La source où buvait le dragon a gardé un goût de soufre très prononcé; elle a une vertu souveraine pour guérir les migraines et cicatriser les blessures ».
Aujourd'hui encore, on montre au bois de Messil­leux et dans le pré du Sire, la fontaine dite du Dragon, dont les eaux ont une odeur de soufre.
La légende, le mythe, les contes ont été des messages portant des vérités fondamentales afin de guider et de transformer l'homme au travers de sa quête. Une des légendes les plus alchimiques du Moyen Age, nous rappelant que la véritable transmutation, hor­mis celle des métaux, est celle de l'être humain. La royauté était proche d'un ésotérisme religieux alchimique dont les pratiques d'évolution spirituelles étaient appelées « l'art royal ».
Cette voie royale devait conduire à une vie mystique, où les racines du péché extirpées, l'homme deviendrait généreux, doux, pieux, croyant et craignant Dieu, afin de transformer l'homme en « pur esprit » appelé aussi « grand œuvre » dont les éléments sont le soufre et le mercure (le feu et l'eau), les influences célestes et terrestres.
La légende alchimique du dragon divulgue par sa symbolique la véritable transmutation de l'homme. À celui qui enlèvera le voile occulte sera révélé la vérité fondamentale du dragon de l'homme et de son mystère.
Aujourd'hui la « fontaine du dragon », guérisseuse des blessures et des maux de tête, coule toujours dans le petit bois de Messilleux, en haut du pré du sire, mais l'odeur de soufre semble avoir disparu. Peut-être le dragon, après son envol, n'est-il jamais revenu? Le bois du sire est tout en longueur. Au centre même de ce boisa a été créé un « découvert », sans doute pour les chasses à gros gibier... à moins qu'il ait été destiné à chasser le dragon!

Pendant la Terreur de 1793, Chevrières s'est réveillé! Antoine Croiziez, fermier de la Badouillère, sur­nommé « le Roi de Chevrières » dirigeait une milice locale au nom du roi. C'est avec deux mille hommes qu'il mena une lutte héroïque contre les révolutionnaires afin de protéger leur religion du dragon...
Dompter ces puissances, vaincre le dragon, c'est alors, non seulement s'opposer aux forces instinctives, aux terreurs inconscientes, mais les dominer pour rétablir l'ordre humain et céleste, autrement dit en comprendre la nature pour « fertiliser » la vie.
L'homme doit retrouver la partie féminine de son Être pour vaincre le dragon en lui-même.
Le « chevalier » réalise une triple opération :
1/ Il purifie par son courage et sa volonté les forces qui l'empêchent de combattre son propre dragon intérieur.
2/ Il récupère son élément complémentaire féminin
3/ Il s'ouvre ainsi le chemin d'accès au « trésor ».
Enchaîner le dragon, c'est se rendre maître des forces puissantes de la nature, y compris celles inhérentes à la nature féminine. Vaincre le dragon, c'est abattre les formidables barrières qui séparent l'instinct de l'amour pur.»

Le Dragon, en Orient comme dans les connaissances anciennes de l'Occident, rejoint «l'énergie primordiale ». Les rivières ont toujours été considérées comme la circulation la plus visible de cette énergie. C'est dans « le Classique du Dragon aquatique », livre de la Chine du VII siècle, que nous retrouvons la science de l'énergie des fleuves et des rivières. L'occident est resté beaucoup plus discret et dissimule encore de nombreux secrets au plus profond de ses paysages.
Fort heureusement, aujourd'hui encore, nos mytholo­gies nous en parlent: les rivières suivent les « eaux du ciel où voguent les barques des dieux planétaires et traçant des sillages représentant la grande écriture céleste ». (Le Ciel sur la Terre est une connaissance très ancienne!).»

Extrait de LA VOIE DES PIERRES de Jean-Louis Augay -
-La vallée de la Coise une rivière sacrée au cœur des Monts du Lyonnais.-


La triple immortalité



A propos de la survivance de l'âme après la mort et de la subsistance des vies passées de renaissance en renaissance Sri Aurobindo explique que ce processus est régie par la loi du Karma, l'action. Le karma ou action de cette vie s'épuise par la vie dans un monde au-delà, où ses conséquences s'accomplissent, puis l'âme retourne sur terre pour un nouveau karma. La cause de la naissance dans ce monde, du karma, du passage de l'âme à l'existence en d'autres mondes et de son retour ici est, du début à la fin, la conscience, la volonté et le désir de l'âme elle-même.

"Cette conception de la Personne et de la Personnalité, si nous l'acceptons, doit dès lors modifier nos idées courantes sur l'immortalité de l'âme; car normalement, quand nous affirmons que l'âme ne meurt pas, nous voulons dire que survit après la mort une personnalité définie et immuable qui était et restera toujours la même pour l'éternité. C'est pour le « je » très imparfait et superficiel du moment, considéré évidemment par la Nature comme une forme temporaire qui ne vaut pas la peine d'être conservée, que nous exigeons ce droit prodigieux à la survie et à l'immortalité. Mais cette exigence est extravagante et ne peut être satisfaite : la survie du « je » du moment ne peut être admise, que s'il consent à changer, à ne plus être lui-même mais un autre, plus grand, meilleur, plus lumineux en connaissance, se modelant davantage sur l'image de la beauté intérieure éternelle, progressant de plus en plus vers la divinité de l'Esprit secret. C'est cet esprit secret, cette divinité du Moi en nous qui ne périt point, parce qu'elle est non-née et éternelle. L'entité psychique au-dedans qui la représente, l'individu spirituel en nous est la Personne que nous sommes; mais le « je » du moment, le « je » de cette vie-ci n'est qu'une formation, une personnalité temporaire de cette Personne intérieure, c'est l'une des, nombreuses étapes de notre changement dans l'évolution, et elle ne sert son dessein véritable que quand nous la dépassons pour aller vers une étape ultérieure qui nous rapproche d'un plus, haut degré de conscience et d'existence. C'est la Personne intérieure qui survit à la mort tout comme elle préexiste à la naissance; car cette survie constante est une traduction, en termes de Temps, de l'éternité de notre Esprit intemporel.
 Ce que nous exigeons normalement, c'est une survie similaire de notre mental, de notre vie et même de notre corps : le dogme de la résurrection du corps témoigne de cette dernière exigence qui a été aussi à l'origine de l'effort de l'homme, à travers les âges, pour découvrir l'élixir d'immortalité ou des moyens magiques, alchimiques ou scientifiques de vaincre physiquement la mort du corps. Mais cette aspiration ne pourrait se réaliser que si le mental, la vie ou le corps pouvaient revêtir une part de l'immortalité et de la divinité de l'Esprit qui demeure au-dedans. Dans certaines circonstances, la survie de la personnalité mentale extérieure qui représente le Pourousha mental intérieur serait peut-être possible. Elle pourrait se produire si notre être mental venait à être si puissamment individualisé à la surface, si uni au mental intérieur et au Pourousha intérieur et, en même temps, si souplement ouvert à l'action progressive de l'Infini que l'âme n'aurait plus besoin de dissoudre l'ancienne forme du mental et d'en créer une nouvelle pour progresser. Seules une individualisation, une intégration et une ouverture similaires de l'être vital à la surface rendraient possible une survie similaire de la partie vitale en nous, de la personnalité vitale extérieure qui représente l'être vital intérieur, le Pourousha vital. Ce qui arriverait en réalité, c'est que le mur entre le moi intérieur et l'homme extérieur serait abattu et l'être mental et vital permanent, représentant mental et vital de l'entité psychique immortelle, gouvernerait la vie au dedans. Notre nature mentale et notre nature vitale pourraient alors être une expression progressive continue de l'âme et non un lien entre des formations successives dont l'essence seule est conservée Notre personnalité mentale et notre personnalité vitale subsisteraient alors sans dissolution de naissance en naissance; elles seraient alors, en ce sens, immortelles, survivraient en permanence, continues dans le sens de leur identité. Ce serait évidemment une immense victoire de l'âme, du mental et de la vie sur l'Inconscience et les limitations de la Nature matérielle.,
Mais une telle survie ne pourrait durer que dans le corps subtil; l'être devrait encore se défaire de sa forme physique, passer dans d'autres mondes et, à son retour, revêtir un nouveau corps. Le Pourousha mental et le Pourousha vital éveillés, conservant l'enveloppe mentale et l'enveloppe vitale du corps subtil qui sont habituellement abandonnées, retourneraient avec elles dans une nouvelle vie et conserveraient le sens vif et soutenu d'un être mental et vital permanent constitué par le passé et continuant dans le présent et l'avenir; mais la base de l'existence physique, le corps matériel ne pourrait être conservé même par ce changement. L'être physique ne pourrait durer que si, par certains moyens, ses causes physiques de déclin et de désintégration pouvaient être surmontées et qu'en même temps il pouvait être rendu assez souple et progressif dans sa structure et son fonctionnement pour pouvoir répondre à chaque changement exigé de lui par le progrès de la Personne intérieure; il devait être capable de marcher du même pas que l'âme dans la formation de la personnalité qu'il exprime, dans le long déploiement d'une divinité spirituelle secrète et dans la lente transformation du mental en divine existence mentale ou spirituelle. Cet accomplissement d'une triple immortalité : immortalité de la nature complétant l'immortalité essentielle de l'Esprit et la survie psychique à la mort, pourrait bien être le couronnement de la renaissance et une indication capitale de la conquête de l'Inconscience et de l'Ignorance matérielle jusque dans les fondations mêmes du règne de la Matière. Mais la véritable immortalité serait malgré tout l'éternité de l'Esprit : la survie physique ne pourrait être que relative, interrompue à volonté, signe temporel de la victoire de l'Esprit ici-bas sur la Mort et la Matière.

Même si la science — physique ou occulte — parvenait à découvrir les conditions ou les moyens nécessaires à une survie indéfinie du corps, mais que par ailleurs le corps ne pouvait s'adapter suffisamment pour devenir un instrument d'expression approprié de la croissance intérieure, l'âme trouverait une manière de l'abandonner et de passer à une nouvelle incarnation. Les causes matérielles ou physiques de la mort ne sont ni sa vraie ni sa seule raison d'être : sa vraie cause intrinsèque est qu'elle est spirituellement nécessaire à l'évolution d'un être nouveau."

Sri Aurobindo, La Vie Divine, Chapitre XXII: La renaissance et les autres mondes: le karma, l'âme et l'immortalité".

Le sanskrit védique



Voici un texte extrait du Secret du Véda de Sri Aurobindo, qui nous éclaire sur la portée spirituelle des mots, notamment en langue sanskrite et de leur emploi dans divers pratiques, sous forme de mantra, par le mental, la parole ou l'écriture. (cf Le pouvoir du nom)
 



"les mots, tout comme les plantes, tout comme les animaux, ne sont nullement des productions artificielles, mais quelque chose qui évolue — l'évolution vivante d'un son ayant pour origine certains sons primordiaux. À partir de ces sons primordiaux se développe un petit nombre de radicaux primitifs, dotés d'une immense progéniture qui, de génération en génération, s'ordonne en tribus, clans, familles, groupements restreints ayant chacun une ascendance commune et une histoire psychologique commune. Car le facteur qui a présidé au développement du langage a été le rapprochement, fait par le mental nerveux chez l'homme primitif, entre des sons articulés et certaines significations générales, ou plutôt certaines commodités et valeurs sensorielles en général. Le processus guidant cette association n'avait rien non plus d'artificiel, il était naturel et gouverné par des lois psychologiques simples et bien définies.      

Au départ, les phonèmes n'ont pas servi à exprimer ce que nous appellerions des idées; ils traduisaient plutôt vocalement certaines sensations et nuances émotives générales. Ce sont les nerfs et non l'intellect qui ont créé la parole. Pour employer le symbolisme védique, Agni et Vayu, non Indra, ont les premiers façonné le langage humain. Le mental a émergé des activités vitales et sensitives; l'intellect chez l'homme s'est construit en partant d'associations et de réactions sensorielles. Obéissant à un processus similaire, la fonction intellectuelle du langage s'est développée suivant une loi naturelle à partir des sensations et des émotions. Les mots, qui étaient au départ des expulsions vitales pleines d'un vague potentiel sémantique, ont fini par se figer et symboliser des notions intellectuelles précises.  

Le mot donc, à l'origine, n'était lié à aucune idée précise. Il avait un caractère général ou qualité, guna, susceptible d'un grand nombre d'applications et, par conséquent, d'un grand nombre de significations possibles. Et ce guna et ses résultats il les partageait avec de multiples sons apparentés. Au début donc, des clans de mots, des familles de mots ont entamé leur existence communautaire avec en partage un capital de significations virtuelles ou réelles, et le droit d'acquérir chacune d'entre elles; leur originalité tient davantage à des nuances dans la traduction d'idées similaires, plutôt qu'elle ne repose sur un certain privilège à exprimer une idée unique. L'histoire du langage, à ses débuts, représente l'évolution, depuis cette mise en commun des mots, vers un système de propriété individuelle d'une ou plusieurs significations intellectuelles. Le principe de la séparation, d'abord fluide, s'est peu à peu durci, jusqu'à ce que des familles de mots et finalement des mots uniques puissent s'émanciper. Le dernier stade de cette évolution absolument naturelle du langage est atteint quand la vie du mot dépend entièrement de la vie de l'idée qu'il représente. Car dans la phase initiale du langage, le mot est vivant et a autant, sinon plus, de pouvoir que l'idée; le son détermine le sens. Dans sa phase finale, les rôles sont inversés; l'idée prime, le son devient secondaire.   
 
(...)Le sanskrit védique correspond à un stade encore plus primitif dans le développement du langage. Sa structure même est moins figée que celle de n'importe quelle langue classique, il possède un multitude de formes et flexions grammaticales, il emploie les cas et les temps de façon fluide et vague, avec cependant une riche subtilité. Et sur le plan psychologique, il ne s'est pas encore cristallisé, le moule rigide de la précision intellectuelle ne l'a pas complètement durci. Le Mot, pour le Rishi védique, demeure quelque chose de vivant, doté d'un pouvoir créateur, formateur. Ce n'est pas encore une convention symbolisant une idée, mais l'auteur et le concepteur même des idées. Il porte en lui le souvenir de ses racines, il est toujours conscient de sa propre histoire. Cette psychologie du Mot gouvernait le langage employé jadis par les Rishis."

Sri Aurobindo, Le Secret du Véda